Choix multiples
Je ne suis pas celle que tu crois.
Moi, je suis la créature. La greluche, la gonzesse, la mouquère. Je suis la moitié. Je suis la légitime, je suis l’extra. Je suis la mousmé paupières baissées, gentille gentille, servant le thé. Celle qui attend. Derrière la caisse, souvent. Je suis la bourgeoise confortable aux sourcils froncés. Je suis la mère exigeante, l’épouse insatisfaite, la putain des périphériques. Je suis la fée Mélusine, un peu écaillée sur les bords. Je suis Jeanne la folle, Marie la sainte, Margot la simple. Je suis la demi-mondaine, l’hystérique, la jamais-contente. Je suis aussi celle qui te demande d’aller à la guerre. Et de ramener du pain en rentrant. Je suis Shéhérazade, je suis Germaine. Je suis celle qui voudrait bien. Je suis celle qui dit non. Je suis la bonne travailleuse. Je suis toujours fatiguée le soir. Je suis un peu casse burnes. Je suis celle qui met des jupes trop courtes, celle qui devrait mettre des talons plus hauts, celle qui ne porte pas assez de bijoux, celle qui est trop maquillée. Je suis belle à crever, t’en as la langue par terre. J’ai des varices aux jambes, j’ai des seins comme des melons. Je suis mythomane, cleptomane, érotomane, pyromane. Je suis Lilith la délogée. Je suis celle qui t’a flanqué à la porte hier soir. Je suis celle qu’on éconduit d’un claquement de doigts. Je suis Alice effleurant avec effroi le pays de tes merveilles, la tête coupée depuis longtemps. Je suis celle qui ricane et celle qui pleure. Je suis conne, parfois. Je suis vénale. Je suis banale. Je suis beaucoup trop vieille pour toi. Je suis encore une enfant. Je suis celle qu’on invite au restaurant. Je suis celle qui te fait de bons petits plats. Je suis ta cantinière, ton infirmière. Je suis la mère de tes enfants. Je suis ta fille, ta soeur, ta femme, ta cousine Berthe, celle de l’été de tes 15 ans, tu te souviens sans doute. Je suis celle qui n'oublie rien. Je suis ta collègue, ta femme de ménage, je suis ta patronne et demain c’est le jour de l’évaluation, prépare-toi un peu. Je ne suis pas très indulgente. Je suis la reine Victoria, la reine de Saba, l’arène de tes ébats. Je suis celle qui pardonne. Qui pardonnera. Je suis ta mère, quand même. Je suis prête à tout. Je n’ai envie de rien. Je suis ton amante éperdue. Sainte-Gudule roulant sur tes chemins tous phares éteints. Je suis la cliente éternelle de ta boutique pignon sur rue, à la fin toujours gentiment tu me demandes si ce sera tout ma petite dame. Non, ce ne sera pas tout, j’en ai bien peur. Mettez-moi encore une petite dinde.
Une nouvelle participation aux vases communicants ce mois-ci : le premier vendredi de chaque mois, le temps d'un billet, deux personnes échangent leurs blogs (on peut aller voir le groupe facebook consacré à ce chambardement mensuel, il permet aux blogueurs et blogueuses qui participent d'annoncer leurs échanges, et souvent de trouver leur binôme pour un mois ultérieur). Les vases communicants ne sont pas un club fermé, il suffit d'avoir un blog et de trouver un ou une blogueur/se partenaire pour participer.


4 commentaires:
Je relis, une nouvelle fois, ce texte, et je le trouve, une nouvelle fois, de toute beauté.
Je suis très heureux d'accueillir ce texte ici. Merci Cécile !
Anthony
Et tu as bien raison.
super texte, c'est vrai ! bravo !
Bonjour,
création récente d'un blog sur l'art, si le "ton" de mon article sur Sanfourche vous interpelle, soyez le bienvenue.
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