3.12.10

vases communicants : Veillée du Bois, paysage nocturne, par Clara Lamireau



Veillée du Bois, paysage nocture


Un départ dans la ville. La nuit s'est déjà glissée entre les immeubles de la Porte Dorée. Mes compagnons de foulées sont prêts, mains gantées, crampons aux pieds, lampe frontale vissée sur le bonnet. On peut distinguer à travers les vitres des morceaux de vies découpées en fenêtres, comme ces calendriers de l'Avent que m'offrait ma grand-mère Alsacienne à la Saint-Nicolas. Au moment où on les recevait, c'était déjà le six décembre, on pouvait manger six chocolats d'un coup. Ensuite il fallait attendre chaque matin que le jour se lève.


Premiers pas sur le trottoir, en échauffement. L'allure est souple et les vies derrière les fenêtres commencent à défiler. De notre petit groupe on ne voit que les Leds sur les têtes et les bandes réfléchissantes des habits de lumière. A l'orée du parc, de rares promeneurs à chien s'en reviennent, chassés par la noirceur. Un aveugle et son guide terminent leur jogging vespéral autour de l'étang. La nuit est-elle différente du jour pour qui ne voit pas ? La fraicheur de l'air se fait-elle plus vive, les sons plus cristallins ? Nous entamons la première demi-boucle autour de l'eau. Au feu rouge, là-bas, ce sera la première pause, puis l'entrée dans le bois.





Mon souffle est régulier, je n'ai pas encore besoin de forcer l'oxygène à entrer, le dioxyde de carbone à sortir de mes poumons embrumés. Feu rouge piétons. Certains trottinent sur place pour ne pas se refroidir. Il fait un degré Celsius au-dessus de zéro. Feu vert piétons. C'est là que débute le monde sans éclairage public. Sans paysage urbain, sans fanal perché. Les discussions s'atténuent, chacun se concentre sur sa respiration, sur le relief incertain du sol, entre boue, flaques et racines.


C'est le passage près de la rivière qui impressionne le plus mes sens. D'une sortie à l'autre, les souvenirs s'estompent mais laissent des traces comme le stylet sur la poudre du Télécran. On a beau secouer l'ardoise, les traits ne s'effacent pas complètement. La rivière vient creuser son lit, veillée après veillée, dans la poudre de ma mémoire. Je ne vois rien, ou presque. La terre à mes pieds, les pas du coureur devant moi, la lueur des bandes rétro-luminescentes. J'entends les souffles, les enjambées, l'eau qui coule à ma droite. Ne pas glisser, elle affleure. Attention au pont de bois qui la traverse, lui aussi il patine. Ce soir lorsque je m'endormirai, un sursaut me sortira de la torpeur — je glisse sur le planches du pont — pour vérifier que je ne suis pas en train de mourir. Pour l'heure je maintiens l'allure, même si je commence à percevoir des signes d'épuisement. Les lumières de la ville nous saluent au loin. Demi-boucle de l'étang, dernière. Le trottoir n'est plus qu'un ruban gris sur lequel je rebondis.




Texte : Clara Lamireau - 2010 / Image : Groume



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Je reprends aujourd’hui la participation aux vases communicants, dont j’avais l’habitude entre l’été 2009 et le printemps 2010, avant de les avoir délaissés depuis, non par manque d’intérêt pour eux et pour ce qui se déroule chaque mois à leur occasion, mais tout simplement parce qu’il m’étais devenu très difficile d’écrire autre chose que mes textes quotidiens pour le convoi des glossolales. Maintenant que ma contrainte d’un texte par jour pour le convoi est arrivée à son terme (je suis passé à une nouvelle contrainte depuis mi-novembre, me demandant deux textes par semaine), je renoue avec ce rendez-vous mensuel, estimé et fort, de la littérature sur blogs, dont je rappelle ici brièvement le principe : le premier vendredi de chaque mois, le temps d'un billet, deux personnes échangent leurs blogs (on peut aller voir le groupe facebook consacré à ce chambardement mensuel, il permet aux blogueurs et blogueuses qui participent d'annoncer leurs échanges, et souvent de trouver leur binôme pour un mois ultérieur). Les vases communicants ne sont pas un club fermé, il suffit d'avoir un blog et de trouver un ou une blogueur/se partenaire pour participer.


Il me semble idéal de renouer avec les vases communicants par un échange avec Clara Lamireau. C’était déjà par un échange avec Clara que j’avais participé pour la première fois aux vases communicants, en août 2009. Il s’agissait alors d’un croisement avec takuhertz, son blog consacré aux écritures dans l’espace urbain. Aujourd’hui, l’échange à lieu avec Running Newbie, un tout autre blog, dans lequel Clara fait part de sa pratique passionnée de la course à pied et du rapport qu’elle entretient avec celle-ci. On assistera d’ailleurs à de la course à pied dans le texte publié ici aujourd’hui (et on pourra également noter l’attention à l’espace urbain qui s’y trouve). Quant à moi, j’ai donc écrit pour Running Newbie un texte où il est question de sport, de tennis, et qu’on pourra lire ici. Un aspect plaisant supplémentaire de cet échange en particulier est que, celui-ci étant réalisé avec un blog traitant d’un domaine d’activité bien particulier, la course à pied (et qui s’inscrit dans une communauté de blogs dont la vie est, paraît-il, très vivante et dynamique - on parle de runnosphère), il donne l’occasion d’être lu par des personnes qui ont des habitudes de blog (comme lecteur et comme auteur) pas nécessairement littéraires et assurément très différentes des miennes. C’est un vrai croisement de frontières, donc. Un grand merci à Clara, évidemment.


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Pour finir, la liste des blogs qui participent à cette édition des vases communicants (liste établie comme toujours par la très précieuse Brigitte Célérier, auteure du blog Paumée, que l’on remercie aussi) :


Lignes de vie (Gilles Bertin) & Paumée (Brigitte Célérier) ;

Face Terres (Daniel Bourrion) & Urbain trop urbain (Matthieu Duperrex) ;

Le tiers Livre (François Bon) & volkovitch.com (Michel Volkovitch) ;

Tentatives (Christine Jeanney) & Koukistories (Kouki Rossi) ;

Lignées (Samuel Dixneuf) & Inachevé (Jérémie Szpirzglas) ;

Liminaire (Pierre Ménard) & Déboîtements (Christophe Grossi) ;

À Chat perché (Michel Brosseau) & Les Marges (Jean Prod'hom) ;

Les Vents de l’inspire (Lambert Savigneux) & Flânerie quotidienne ;

Soubresauts (Olivier Guéry) & Fragments, chutes et conséquences (Joachim Séné) ;

Semenoir (Maryse Hache) & Petite Racine (Cécile Portier) ;

Le Jardin sauvage (Anita Navarrete Berbel) & Landry Jutier ;

Fenêtres open space (Anne Savelli) & Pendant le Week-end (Piero Cohen-Hadria) ;

Marche romane & L’Exil des mots (Bertrand Redonnet) ;

Carnets (Arnaud Maïsetti) & Kill me Sarah ;

Starsky & Random Songs (Mathieu Gandin) ;

Les Portes (Laure Morali) & Abadôn (Michèle Dujardin) ;

Poezibao (Florence Trocmé) & Oeuvres ouvertes (Laurent Margantin) ;

Aedificavit (Isabelle Buterlin) & Gammalphabets (Jean Yves Fick) ;

Déployer ses Zèles (Barbara Albeck) & Sourire du Reste ;

De Minette à ferraille (Kathie Durand) & Blog-notes (Nolwenn Euzen) ;

Mot Maquis (Juliette Mezenc) & Notes&Parses (Nathanël Gobenceaux) ;

Shot by both Sides & Playlist Society.

2 commentaires:

Gilles a dit…

Clara, je découvre votre écriture ultra précise et pleine de sensations. Belle idée que d'écrire sur la course à pied. Je me souviens d'une chouette nouvelle de Pierrette Fleutiaux sur ce thème.

runningnewb a dit…

Merci Gilles, pour votre commentaire et pour la référence. Savez-vous de quel recueil il s'agit ?
Bon week-end à vous!